MMV INFOS II

PAR LA DÉLÉGATION Auvergne-Rhône-Alpe

DÉLÉGUÉE DÉPARTEMENTALE du RHÔNE – RÉDACTRICE EN CHEF : Andréa LAQUET

RÉDACTEUR ET RÉDACTRICES : Antonin SAMSON – Clémence DETHOOR – Calypso CHOSSON

Les animaux les grands oubliés de la guerre, par Antonin SAMSON, rédacteur de MMV Infos

LE FOX-TERRIER A POIL DUR BEAUTYFUT HONORÉE POUR AVOIR AIDE A LOCALISER LES VICTIMES D’UN RAID AÉRIEN SOUS LES DÉCOMBRES LORSQU’ELLE TRAVAILLAIT AVEC L’ÉQUIPE DE SECOURS DE LA PDSA PENDANT LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE.IL REÇUT LA MÉDAILLE DICKIN LE 12JANVIER 1945

DURANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE,DES SOLDATS A «QUATRE PATTES» FURENT ENRÔLES DANS DES MISSIONS MILITAIRES. ILS SONT LES GRANDS OUBLIES DE L’HISTOIRE, POURTANT ILS ONT JOUE UN RÔLE ESSENTIEL…

Qu’ont-ils en commun ces chevaux français, ces chiens anglais, ces rennes finlandais, ces dromadaires libyens, ou ces éléphants birmans? Bien malgré eux, ces «soldats à quatre pattes» furent enrôlés de 1939 à 1945 dans de périlleuses missions militaires, en première ligne sous une pluie d’obus ou à l’arrière, comme animaux dévolus au transport des troupes et du matériel.

Les animaux sont partout durant ce conflit majeur de l’Histoire. De la terrasse du Berghof (résidence secondaire d’Hitler) où Hitler prépare l’annexion de la Pologne en compagnie de sa chienne Blondi, en passant par Stalingrad où 51000 chevaux périrent, exténués comme les Hommes par le feu, la faim et le froid glacial. Des lacs finlandais où les rennes et les chiens aidèrent à la guérilla contre les Soviétiques, en allant jusqu’à l’Afrique du Nord où les soldats italiens épuisèrent des dromadaires lestés de 200 litres d’essence. Des plages du débarquement en Normandie et le sacrifice de centaines de moutons utilisés pour faire sauter les mines allemandes, jusqu’à l’Asie et l’utilisation de la force colossale des éléphants afin de dresser des pylônes ou d’aplanir des terrains d’aviation…

Le rôle de nos amis les animaux tend à être de plus en plus reconnu, comme en témoigne la médaille Dickin qui voit le jour en 1943 au Royaume-Uni, destinée à honorer les plus braves des «bêtes de guerre». Jusqu’à la fin du conflit, elle sera décernée pas moins de cinquante-quatre fois. Les héros? Trente-deux pigeons, dix-huit chiens, trois chevaux et un chat. En France, maintenant encore, l’armée de terre recrute, entraine et chouchoute des animaux, soit pour leur utilité directe sur le terrain, soit pour leur statut de mascotte. Au Mont Valérien, à proximité de Paris, il existe encore le plus vieux colombier militaire d’Europe, maintenu essentiellement pour entretenir la tradition. Mais cette «guerre des animaux» en apparence anodine révèle beaucoup de la folie des hommes: à Hiroshima, seuls les cloportes ont survécu.

Antonin SAMSON

Spécial Jeune Lecteur.

Pour agrémanter le texte d’Antonin SAMSON

vous êtes invité à regarder ce dessin animé sur le

chien « STUBBY » un bon moment pour une histoire issue de la réalité de la guerre 14/18.

Stubby

Henri Fertet, entre un destin national et une souffrance familiale, par Clémence Dethoor, rédactrice de MMV Infos

« Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs qui, après leur mort, auront des successeurs. » Henri Fertet, prison de la Butte, 26 septembre 1943.

Il avait seize ans lorsque les Allemands lui ont ôté la vie. Né le 27 octobre 1926 à Seloncourt dans le Doubs, Henri Fertet est devenu résistant à partir de 1942. Fils de parents instituteurs à Velotte, quartier de Besançon, il vit une enfance joyeuse. C’est un garçon posé, calme et doux, que la guerre va faire grandir trop vite.

Larnod, village proche de Besançon, été 1942.

Une nouvelle recrue s’ajoute au mouvement de Résistance que mène le jeune Marcel Simon, 21 ans. C’est Henri Fertet, âgé lui, de 15 ans. Un de plus dans ce réseau composé uniquement de jeunes d’une vingtaine d’années, si ce n’est moins, et dont le rôle se concentrait principalement dans le recueillement d’armes qu’ils cachaient ensuite dans l’église du village. Des jeunes, qui refusaient la défaite française. Comme le soulignera plus tard en 1980 la mère de l’un d’entre eux : « Il fallait bien faire quelque chose… On ne pouvait rien leur dire, rien. Ils étaient résistants dans l’âme. »

Henri est un passionné : passionné d’histoire, d’archéologie, de sa terre dont il dessinera plusieurs croquis. De sa France, pour qui il tombera. Un patriotisme dans l’âme, un fervent croyant dans le cœur, une pureté qui force l’admiration, dans une guerre qui pouvait amener tant le meilleur que le pire en chacun d’entre nous.

« Qu’aurais-je fait si je l’avais vécue ? » C’est la question que se pose Jean-Christophe Jacottot, un originaire de Besançon. M. Jacottot connaissait l’histoire de Henri. Son père était élève du père de Henri, et sa tante Mme Monique Verdaux, aujourd’hui décédée, l’élève de Mme Cécile Fertet, la mère de Henri. « J’ai parfois l’impression que le temps s’est arrêté pendant 4 ans. Les gens pour beaucoup, pas tous heureusement, sont devenus sourds et aveugles, comme dans un état de sidération », me dit M. Jacottot. Ce ne fut pas le cas du mouvement de la région de Besançon, qui prendra le nom de Guy Mocquet en 1943 en hommage au jeune résistant communiste homonyme, fusillé deux ans plus tôt. Le mouvement débute par de la récupération d’armes avant d’effectuer des actes plus osés comme les vols de tickets de rationnement, des sabotages -dont celui d’une librairie allemande dans Besançon- ou encore des incendies des fermes de personnes considérées comme étant collaboratrices. Le groupe Guy Mocquet est rejoint en 1943 par le mouvement de Francs-Tireurs et partisans, Marius Vallet. C’est à ce moment-là que le mouvement recrute des jeunes aux alentours de Besançon ; c’est le cas de Henri Fertet. Des Républicains espagnols ayant fui la politique de Franco sont également recrutés, faisant ainsi du mouvement, déjà composé de catholiques et de communistes, un groupe des plus diverses. Le journal « Les Dernières Dépêches » honorait ainsi cet aspect dans le numéro du 17 août 1946 : « [Ils étaient] paysans et citadins, ouvriers et intellectuels, cultivateurs et employés, commerçants industriels, journaliers ou propriétaires (…) de la gauche à la droite, mais unis dans un désir commun d’une France laborieuse et de Français heureux. »

Leur première action massive s’illustre dans la destruction d’une écluse sur le Canal du Rhône au Rhin, en septembre 1942. Les Allemands, qui utilisaient ce canal pour les ravitaillements et qui faisaient descendre leurs vedettes jusqu’en Méditerranée, furent bloqués durant sept semaines.

Henri, désormais connu sous le matricule Emile-702, devient chef d’équipe. Trois faits d’armes peuvent lui être associés, notamment la récupération de munitions et d’explosifs le 15 avril 1943 au Fort de Montfaucon, mais également la destruction d’un pylône électrique à Châteaufarine (quartier de Besançon) le 7 mai de la même année. L’augmentation d’actions de plus en plus violentes entraîne l’arrestation de plusieurs membres du groupe. Le 12 juin, Henri est chargé avec Marcel Reddet de subtiliser des informations nécessaires à leur libération dans les papiers d’un commissaire des douanes allemandes. Mais la situation dégénère, l’arrivée d’un motocycliste allemand les empêche d’accomplir leur mission et Henri se retrouve contraint de tirer sur le soldat des douanes, le blessant mortellement. Après cette journée, les résistants seront poursuivis inlassablement.

Larnod, 3 juillet 1943, 3h30 du matin.

Des voitures allemandes circulent dans les rues de Larnod. L’église s’illumine dans la nuit : le dépôt d’armes a été découvert. Les minutes, les secondes sont comptées. Certains résistants parviennent à s’échapper ; ils rejoindront d’autres groupes de la Résistance. Henri est arrêté chez lui et sa famille, dans l’école de Velotte, et est emmené à la prison de la Butte.

Le maire de Besançon, le préfet, les personnalités vont interférer en faveur des vingt-trois jeunes résistants capturés. La mère d’un des résistants ayant parvenu à s’échapper avoue avec fatalisme : « Ils avaient toujours pensé qu’ils y arriveraient, mais ça n’a pas réussi. »

De leur cellule, l’écho de l’orchestre d’une brasserie voisine, toujours existante aujourd’hui, représente le seul halo de lumière au cœur de l’obscurité froide de la prison. Dans la dernière lettre qu’il adresse à ses parents, le matin de son exécution, Henri écrit : « Vous ne pouvez savoir ce que j’ai moralement souffert dans ma cellule. » Durant ses 87 jours en prison, il se lie d’amitié avec son voisin de cellule, également étudiant, avec qui il communique inlassablement en dépit du mur qui les sépare et des gardes allemands. Il lui racontera ses actes, mais également ses projets : lui qui voulait auparavant voyager, il décidait de devenir prêtre et de rester auprès de sa chère maman qu’il aimait tant. Il lui demandera de parler de lui à ses parents, tâche à laquelle le voisin de cellule, appelé Dufils, ne faillira pas. Dans une lettre que Dufils écrira à la famille Fertet après sa libération, il y décrit une voix « tantôt douce et calme, tantôt ferme et impérative ». La voix d’un jeune résistant qui vacille entre insouciance et gravité, entre l’enfant et l’adulte. Un jeune homme heureux pour ses compagnons de cellules qui recevaient des colis, alors que lui-même en manquait. Dufils aura essayé de lui faire parvenir de la nourriture au moyen d’une corde tendue entre leurs deux fenêtres, sans succès. Le gardien surprendra Henri et le rouera de coups, sans que le jeune homme ne prononce mot.

Bien avant le procès, c’est ce gardien qui prédit à Henri ces mots fatals : « Tu vas être fusillé. » Il jubile. Le douanier tué par Henri, c’était un de ses amis. Henri lui répond : « Être fusillé, mais j’en suis fier ; j’irai au poteau en chantant, et je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je suis content de mourir, j’ai la conscience en paix. Dieu est avec moi. »

Son procès a lieu le 18 septembre 1943, au tribunal militaire allemand de Besançon, la Feldkommandantur 560. Les preuves sont affichées sur la table, accablantes. Les avocats allemands défendent les résistants en les appelant « terroristes » et « francs-tireurs », induisant ainsi qu’ils avaient agi en dehors des lois de la guerre classique. Les peines tombent : sept partiront dans des camps de concentration, les seize autres feront face au peloton d’exécution. C’est le cas de Henri. Bien que la peine de mort soit interdite en France avant la majorité (21 ans), le juge déclarera : « Cette personne n’a que 16 ans mais sa maturité est telle que le tribunal peut réclamer la peine de mort. » Aux juges qui lui demandent s’il souhaite faire recours en grâce, Henri se lève et clame : « Messieurs les Juges, je n’ai plus rien à vous dire. J’ai fait mon devoir, ma famille et ma patrie peuvent être fières de moi. »

De retour dans sa cellule, il raconte tout de même à Dufils son trouble : un résistant qui avait été sous ses ordres, a essayé de lui reporter toute la responsabilité. Qu’il obéissait seulement parce que Henri le menaçait de lui tirer une balle dans la tête s’il refusait. Henri affirme finalement, « Je lui pardonne tout de même », avant de retourner prier, prenant au creux de ses mains une Vierge qu’il avait façonnée grâce à sa maigre pitance de mie de pain.

Quand il raconte son procès à Dufils, il parvient à plaisanter : « Je me suis bien amusé à regarder le crâne rasé du procureur général. » De son avocat, il le décrit comme « très chic » pour lui avoir donné des morceaux de sucre pour le procès (« Je n’en ai pas eu besoin ») et des livres pour apprendre l’allemand en cas de grâce.

Le Maître Kraehling, après le procès, donne la parole à Marcel Simon. Il écrit dans ses notes : « En termes émouvants, il demanda au Tribunal à être exécuté seul, puisqu’il avait entraîné les jeunes, moins responsables que lui. » Marcel Simon déclare « Mes amis, j’ai été votre chef et je ne vous abandonnerai pas. Le Capitaine doit rester sur son vaisseau quand il sombre ». En racontant cet acte, Henri Fertet sourit à Dufils de derrière le mur : « Le Chef a été sublime. »

Dufils est libéré avec pour mission de transmettre l’histoire de Henri à sa famille. Quant à Henri, le 26 septembre 1943, il dispose de quelques minutes avant son exécution pour écrire une dernière lettre à ses parents. Si peu de temps pour tant de choses à dire. Pour dire à quel point il les aimait, qu’il était enfin arrivé au vrai amour filial, qu’il s’excusait de la douleur que sa mort allait leur procurer, qu’il n’avait pas peur de mourir car il était en paix. Il en profite pour régler ses comptes : il faut rendre le livre du Comte de Monte-Cristo à un camarade ainsi que du tabac à un autre, et Hennemann lui doit un paquet de cigarettes.

Il les rassure, « Mon écriture est peut-être tremblée ; mais c’est parce que j’ai un petit crayon », avant de certifier « Quelle mort sera plus honorable pour moi que celle-là ? Je meurs volontairement pour ma Patrie ». Fier, la tête haute, il promet à sa mère qu’il chantera Sambre et Meuse « jusqu’au bout ».

Quatre à quatre, les résistants du groupe Guy Mocquet sont fusillés, un « Vive la France » au bord des lèvres et leur patrie ancrée dans leur âme.

Le lendemain, un soldat allemand entre dans le café du « Au Capitole », démoralisé. Il a assisté en tant que sentinelle aux mises à mort de ces jeunes. La tenancière, Mme Renault, témoigne de ses paroles : « Ce sang, tout ce sang, jamais je n’oublierai cela ! » Il raconte que tous, jusqu’aux derniers, n’ont cessé de chanter la Marseillaise et Sambre et Meuse jusqu’au moment où ils sont tombés.

Le journal « Les Dernières Dépêches » publiera un hommage en 1946 : « Ils vivaient parmi nous, comme nous, mais une flamme héroïque brûlait dans leur cœur, et Français de France, Français de chaque jour, ce n’est qu’à la brisure du sacrifice que leur âme se révéla. »

Les jours suivants, la population bisontine n’hésite pas à déposer des fleurs sur la fosse où sont enterrés les résistants, malgré les interdictions des Allemands. C’est le cas également ensuite sur la tombe de Henri Fertet, dans le quartier de Saint-Ferjeux. Une désobéissance civile que M. Jacottot explique par deux raisons, l’une étant pragmatique et l’autre idéologique. Il connaît bien la ville, le quartier de Saint-Ferjeux était un vrai labyrinthe à l’époque, un dédale : « Un Allemand n’aurait pas pu [y] trouver un bisontin ». Ajouté à cela qu’ils agissaient de nuit, les bisontins se jouaient du règlement. En outre, il leur paraissait impensable d’être arrêtés pour avoir simplement déposé des fleurs sur une tombe. Pour beaucoup, Besançon est une terre de Résistance, une ville d’entraide où le refus de l’injustice est gravé dans leurs gènes. Elle ne se souciait guère des engagements politiques des mouvements de Résistance : le groupe Guy Mocquet était gaulliste, communiste… mais il était surtout, selon M. Jacottot, « une union sacrée de personnes ne voulant pas tomber dans l’asservissement ».

La lettre de Henri Fertet prend une portée nationale. Elle est recopiée par des personnes anonymes, publiée dans la presse clandestine dont « Témoignage Chrétien », qui fut la première, mais également lue à la radio de Londres par Maurice Schumann le 9 décembre 1943. La mémoire nationale est immédiate, et un martyrologe est dressé au nom de Henri, parti si jeune, et, indépendamment de lui, devenu un des symboles de la barbarie nazie.

Un martyrologe qui effleure à peine une famille déchiquetée, brisée par la perte d’un fils. En apprenant l’histoire du jeune résistant, le Général De Gaulle écrit à la famille : « Au moment où sonne pour le pays l’heure glorieuse préparée par les meilleurs de ses fils, la France meurtrie mais victorieuse reporte sur Henri Fertet sa gratitude et sa tendresse, en même temps que sa fierté. » Il remet en 1947 la médaille de l’Ordre de la Libération à M. Fertet. Henri reçoit à titre posthume le grade d’aspirant des Forces Françaises de l’Intérieur, la Croix de Guerre 39-45, la médaille de la Résistance, la Croix du Combattant Volontaire, la médaille de la Déportation et de l’Internement pour faits de Résistance. Il est également nommé Chevalier de la Légion d’Honneur ainsi que Compagnon de la Libération. Tant de titres honorifiques et de reconnaissance nationale qui honorent le sacrifice de Henri Fertet. Mais quels discours, quelle gratitude peuvent aider une famille meurtrie à se reconstruire ?

Cette famille qui ne s’est jamais remise de cette tragédie. Jean-Claude Jacottot, qui a été l’élève de M. Fertet en 1952, me raconte : « Il était toujours dans ses pensées. Usé par la tristesse qui l’accablait depuis la mort de son fils. Il fumait cigarettes sur cigarettes. C’était un brave homme mais il était rongé par le chagrin. (…) [Avec Mme Fertet] ils formaient un couple triste à l’écart des autres. » M. Jacottot et son fils discutent. Le premier en vient à la triste conclusion que M. Fertet devait voir dans les enfants de sa classe son aîné. Le fils de M. Jacottot rajoute à mon égard : « Papa m’a toujours dit qu’il était souvent puni, mal vu, sûrement une façon de dire « Pourquoi es-tu là alors que mon fils, ce héros est parti ? » »

Henri Fertet et sa femme Cécile partent à la retraite en 1955. M. Fertet décède peu de temps après. Pierre, le jeune frère de Henri pour qui il vouait une grande admiration, vit en compagnie du fantôme persistant de son frère aîné. Les mots à son propos écrit par Henri dans sa lettre « Il doit se montrer digne de moi » le poursuivent, lancinants dans son esprit. Seul survivant d’une fratrie de trois garçons, un autre étant décédé avant la guerre, il porte la lourde charge que son frère aîné a déposé sur ses épaules.

Le 3 décembre 1980, le journal « L’Express » intitule un de ses articles : « Besançon : tragique histoire et navrants prolongements ». Au matin, Pierre et sa mère se sont donné la mort dans leur voiture au cœur de la forêt de Chailluz à Besançon. Le journal relate les faits à la fois sordides et poignants, résultats d’une longue et lente agonie, d’une vie hantée par le souvenir d’un fils et d’un frère mort pour la patrie, de seize années soufflées en l’espace d’un instant.

Aujourd’hui, que reste-il de Henri Fertet ? La fille de Pierre et nièce de Henri, Mme Myriam Fertet-Boudriot, a décidé en 2013 de léguer au musée de la Résistance de Besançon toute une valise comportant des documents reliés à Henri : 250 photos, 2 ouvrages, 3 dessins, 11 objets dont son portefeuille, une quarantaine de pièces d’archives… Un trésor inestimable pour assurer la pérennité du sacrifice du jeune résistant. Sa lettre, traversant les décennies, est régulièrement lue par les étudiants et lors de la célébration du 75ème anniversaire du Débarquement, le président Emmanuel Macron remet en lumière les phrases rédigées par Henri avant sa dernière marche vers le peloton d’exécution. Des rues, des écoles, des lycées portent son nom, amenant chaque bisontin, selon M. Jacottot, à se demander qui est ce jeune Henri, mort à l’âge de 16 ans. Afin de faire connaître son histoire au plus grand nombre, celui-ci effectue des discours d’hommage lors de commémorations. Il ajoute : « Ce qui m’intéresse c’est ce qu’il reste dans la tête des gens. (…) Il faut témoigner afin de ne pas oublier le sacrifice de certains pour la liberté de tous. Un nom inscrit quelque part, si vous n’avez pas l’histoire derrière, ça ne sert pas à grand-chose. »

Témoigner, raconter l’histoire de Henri Fertet, ce jeune homme dont le souhait était celui « d’une France libre et des Français heureux, (…) une France travailleuse, laborieuse et honnête. Que les Français soient heureux, voilà l’essentiel. », une grandeur d’âme qui refusait le bandeau et les attaches, mais un enfant qui avait encore tant d’années devant lui.

« C’est dur quand même de mourir. »

Clémence Dethoor

Mes plus sincères remerciements à M. Jean-Claude JACOTTOT et son fils M. Jean-Christophe JACOTTOT qui ont tous les deux accepté de témoigner et d’éclaircir l’histoire de Henri Fertet.

LA RELÈVE, Les jeunes porte-drapeaux, par Stéphane Cérabino, délégué régional des Hauts-de-France, et Maxence Bouchez, référent Jeunesse Départemental

Comment les jeunes aident à perpétuer la mémoire de nos anciens combattants ?

Les jeunes portes drapeau sont présents lors des cérémonies pour perpétuer la mémoire de nos anciens combattants morts pour la France. Ces jeunes sont en grande majorité des collégiens et des lycéens tous assidus à chaque cérémonie.

Cette relève est d’autant plus importante en cette période de confinement sanitaire. En temps normal, la présence des anciens combattants portes drapeau est une fierté pour tous à commencer pour eux-mêmes. Mais ce 11 novembre 2020 est marqué par leur absence. Les cérémonies peuvent avoir lieu mais en comité réduit et sans les personnes âgées plus vulnérables. Aujourd’hui plus que jamais, la jeunesse est sollicitée.La présence des jeunes portes drapeau et du symbole qu’ils représentent est essentielle pour mettre à l’honneur les anciens combattants ayant servi pour la France. Même dans ce contexte de crise sanitaire la mémoire doit rester active. Les deux associations Mémoires du Mont Valérien et Mémoire et Avenir citoyen soutiennent les jeunes portes drapeau et ont œuvré à leur présence à un maximum de cérémonies ce jour.

Laissons à présent la parole à Maxence Bouchez, jeune porte drapeau depuis maintenant 4 ans pour qui, il est important de mettre en avant la jeunesse en ce jour si particulier :« Le 11 novembre est marqué par des cérémonies fêtant la signature de l’armistice de la première Guerre mondiale. L’armistice qui ne devait durer que 33 jours, puis renouvelé, à provisoirement mit fin à la guerre. Sa signature a donc assuré la victoire des Alliés et par conséquent la défaite de l’Allemagne. Ce moment historique ne doit pas être oublié. Pendant le confinement les jeunes portes drapeau seront présents aux cérémonies pour que la mémoire reste active »

Il a souhaité interviewer Vérone, 12 ans également jeune porte drapeau depuis un peu plus de deux ans :

Maxence : Pourquoi es-tu devenue une porte drapeau ?

Vérone : « En CM2, j’ai participé à une cérémonie avec ma classe et cela m’a plu. J’ai ensuite voulu devenir porte drapeau pour représenter la mémoire des combattants morts pour la France ».

Maxence : Pourquoi es-tu devenue une porte drapeau ?

Vérone : « En CM2, j’ai participé à une cérémonie avec ma classe et cela m’a plu. J’ai ensuite voulu devenir porte drapeau pour représenter la mémoire des combattants morts pour la France ».

Maxence : Est-ce qu’être porte drapeau te sers dans la vie de tous les jours ?

Vérone : « C’est une fierté pour moi d’être porte drapeau. Grâce à cela j’ai amélioré mes connaissances sur l’histoire de la France. Cela me donne aussi plus confiance en moi ».

Maxence : Quels liens as-tu avec les anciens combattants portes drapeau ?

Vérone : « Quand on se retrouve pour les cérémonies, l’ambiance est conviviale. Les anciens combattants sont attentionnés avec les plus jeunes, ils nous mettent en avant et nous guident ».

Maxence : Quels ressentis as-tu quand tu perpétues la mémoire lors des différentes cérémonies ?

Vérone : « Comme je te le disais tout à l’heure, je suis fière de porter le drapeau de l’association Mémoire et avenir citoyen lors des cérémonies. A la lecture des discours et des morts pour la France, je me dis qu’il est important que je sois là pour perpétuer la mémoire ».

Cette célébration de l’armistice du 11 novembre 1918 et le contexte dans lequel elle s’est déroulée nous montrent plus que jamais que les jeunes portes drapeaux ont toute leur place auprès des anciens portes drapeau. Ils sont les dignes héritiers d’une mémoire à transmettre.

Stéphane Cérabino

Délégué régional pour les Hauts-de-France

Maxence Bouchez

Référent Jeunesse Départemental (60)

Le 11 novembre, par Calypso Chosson, rédactrice du journal MMV Infos

Cette date nous parle à tous : pour les jeunes, elle est synonyme de jour férié et s’apparente donc à la possibilité de faire une grasse matinée, l’école étant fermée ; pour les anciens, elle renvoie au jour où, il y a maintenant plus d’un siècle, la Première Guerre mondiale a pris fin. Pourtant, l’armistice signé le 11 novembre 1918 « était prévu pour durer 36 jours, puis il a ensuite été renouvelé.

La guerre ne s’est terminée officiellement qu’avec la série de traités de Paix, qui se sont succédés à partir de 1919 ». On lui attribue de facto ce statut puisque, de tous les armistices qui ont été signés pendant cette guerre, celui du 11 novembre demeure le plus
important car il s’agit en réalité du dernier. Toutefois, il convient de rappeler que l’«armistice » désigne un « accord de suspension des hostilités entre deux armées afin de préparer la paix ».

Où l’armistice a-t-il été signé ? Il a été signé dans la voiture 2419D de la Compagnie des wagons-lits, plus communément appelée le « Wagon de l’Armistice ». Cette voiture se situait au carrefour de Rethondes dans la forêt de Compiègne (Oise). Elle a été réquisitionnée par l’armée française en septembre 1918. Elle sera par la suite transformée en wagon-restaurant à l’intérieur du wagon de commandement du Maréchal Foch. D’après le Général Weygand, le Maréchal Foch a choisi ce lieu parce que : « Maintes fois pendant la guerre, il avait établi dans son train son poste de commandement. C’est à son poste de
commandement que les parlementaires viendraient donc se présenter à lui. La solitude du lieu assurera le calme, le silence, l’isolement, le respect de l’adversaire… ».

L’armistice du 11 novembre 1918 a été précédé de l’armistice du 29 septembre 1918 signé à Thessalonique, de l’armistice du 30 octobre 1918 signé à Moudros et de l’armistice du 3 novembre 1918 signé à la Villa Giusti. Ces trois armistices ont été signés avec la Triple Entente (France, Grande-Bretagne et Etats-Unis) respectivement par la Bulgarie, l’Empire Ottoman et l’Autriche-Hongrie.

Qui a assisté à la négociation de cet accord ? Du côté de la Triple Entente, on retrouve le Maréchal Ferdinand Foch, commandant suprême des forces alliées ; le Général Weygand, chef d’Etat major de Foch ; l’Amiral Wemyss, représentant britannique, ainsi que le Contre-Amiral Hope, adjoint du chef d’Etat-major de la Marine britannique (aussi appelé First Sea Lord). Du côté allemand, on retrouve Matthias Erzberger, représentant du gouvernement allemand, lequel a été assisté par le comte Alfred von Oberndorff, représentant des Affaires étrangères allemandes, et par deux conseillers militaires : le General major Winterfeldt de l’Armée impériale et le Capitaine de vaisseau Vanselow de la Marine impériale.


Cet accord a été signé le 11 novembre 1918 à 5h15 du matin. Sa signature sera suivie d’un cessez-lefeu, le même jour, à 11h. Comme précisé dans le document ci-joint, l’accord est composé de différentes clauses. Parmi les plus importantes, il y a notamment l’obligation faite aux Allemands d’évacuer les pays envahis (Belgique, France, Luxembourg), ce qui signifie la restitution de l’Alsace-Lorraine à la France. L’accord ordonne également le rapatriement immédiat et sans réciprocité de tous les prisonniers de guerre des Alliés et des États-Unis. Le rapatriement des prisonniers de guerre allemands ne sera pas organisé avant la conclusion des préliminaires de paix. Comment la signature de cet accord a-t-elle été accueillie en France ? Elle a fait grand débat. En effet, Raymond Poincaré, alors Président de la République française, et le Général Philippe Pétain auraient préféré profiter de l’avantage militaire français pour chasser les Allemands des territoires occupés voire envahir l’Allemagne. Georges Clémenceau, alors chef du gouvernement, et le Maréchal Foch, pour leur part, « ne croient pas l’armée française capable de se battre encore longtemps et souhaitent en finir au plus vite ».

Pourquoi le 11 novembre fait-il l’objet de commémorations en France ? Il faut savoir que l’édification de monuments dédiés aux morts et l’organisation de fêtes en leur mémoire remontent bien avant la Première Guerre mondiale. En effet, cette coutume est apparue après la guerre franco-allemande de 1870. A partir de cette date, de nombreux monuments à la mémoire des morts ont été édifiés. Aussi, l’inauguration de ces moments étaient l’occasion d’organiser des fêtes civiques, appelées « fêtes de la Revanche ». Cette pratique sera républicanisée par la loi du 4 avril 1873 relative à la conservation des tombes des soldats morts pendant la dernière guerre. Son article premier dispose que : « Les terrains dépendant des cimetières communaux qui servent actuellement à l’inhumation des soldats français ou allemands morts pendant la dernière guerre, et les terrains qui seraient ultérieurement requis dans le même but seront, sur la demande du préfet, cédés à l’État au prix du tarif en vigueur pour les concessions perpétuelles. […] ». Autrement dit, l’État français a acheté des parcelles de cimetières et/ou a exproprié des terrains où se trouvaient des tombes de soldats. En France, toutes les tombes ont ainsi été garnies d’un entourage en fonte selon le modèle imposé par l’État avec une plaque portant la mention « Tombes militaires – Loi du 4 avril 1873 ». Au total, entre 1873 et 1878, l’État français a financé l’aménagement de 87 396 sépultures réparties sur 1 438 communes et 36 départements.

En 1920, il apparaît donc tout aussi naturel de rendre un hommage aux soldats de la Grande Guerre morts pour la France mais non identifiés. Il va sans dire que ce sont majoritairement les anciens combattants qui vont imposer le 11 novembre comme fête nationale. Cette volonté sera tout de même suivie par l’État comme on a pu le voir avec le placement, le 11 novembre 1920, de la dépouille d’un soldat non identifié dans l’une des chapelles de l’Arc de triomphe. Il s’agit du premier hommage au Soldat inconnu. C’est suivant cette même logique que, le 24 octobre 1922, sera adoptée la loi fixant au 11 novembre la commémoration de la victoire et de la paix. Aussi, le 11 novembre 1923, André Maginot, ministre de la Guerre, allumera la première flamme du souvenir. En 1923, on assiste également à l’érection d’un monument aux morts dans chaque commune de France autour duquel chaque municipalité est sommée d’organiser une cérémonie du 11 novembre telle qu’on la connaît aujourd’hui avec un cortège, des associations patriotiques, des enfants des écoles, de la population, de la musique, un dépôt de gerbes etc.

Qu’est devenue la commémoration du 11 novembre ? Cette commémoration sera étendue par la loi du 20 février 2012 qui fait du 11 novembre une journée « de commémoration de la Grande Guerre et de tous les morts pour la France ». En effet, « Prenant en considération les éléments de contexte nouveaux que sont la disparition progressive des témoins directs des conflits mondiaux et la participation d’un public qui n’est plus acteur des faits commémorés, mais aussi la demande de reconnaissance des familles des militaires morts en opération extérieure et de leur hiérarchie, et enfin la nécessité de redonner une plus grande lisibilité aux journées nationales, moyen important de transmission des valeurs de la République, le Président de la République a exprimé le 11 novembre 2011 sa volonté de faire du 11 novembre un jour de mémoire de tous les morts pour la France, tout en maintenant les journées de commémoration propres à chacun des conflits ».
Lors de cette commémoration, le Président de la République suit désormais un rituel classique : il dépose tout d’abord une gerbe tricolore devant la statue de Georges Clémenceau ; puis, il remonte les Champs Elysées en étant escorté par les cavaliers de la Garde Républicaine ; il passe ensuite les troupes en revue sur la place Charles De Gaulle ; enfin, il se recueille sur la tombe du Soldat inconnu désormais située sous l’Arc de triomphe. Dans toutes les communes de France, la commémoration est quant à elle similaire à celles organisées dès les années 1920.

Calypso CHAUSSON

« La politique de commémoration est un vecteur privilégié de transmission des valeurs qu’une nation choisit de mettre en avant et, à ce titre, l’un des piliers du devoir de mémoire. »

Sénat, Projet de loi fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France

REYNARD François, « On déconstruit 5 idées fausses sur l’armistice du 11 novembre 1918 », L’OBS

ACCOYER Bernard, rapport d’information n°1262, « Rassembler la nation autour d’une mémoire partagée », Assemblée nationale, p. 108.

CHOFFAT Axelle, « Armistice 1918 : définition, signature… Tout savoir sur un évènement clé de l’histoire », L’internaute

LARANE André, « 11 novembre 1918, Un armistice met fin à la Grande Guerre », Hérodote

Marcel PINTE, dit « QUINQIN » Maquisard et « mort pour la France » à 6 ans, par Antonin SAMSON, rédacteur du journal MMV Infos

Une figure paternelle inspirante

En 1943, Eugène Pinte, le père de Marcel, est le commandant « Athos », une figure importante de la résistance limousine qui aura à la Libération jusqu’à 1200 combattants sous ses ordres. Les Pinte, Eugène et Paule son épouse, ainsi que leurs cinq enfants, vivent au rythme des réunions clandestines au sein même de la ferme familiale. Dans cette ambiance où vie de famille et résistance sont étroitement mêlées, Marcel, surnommé Quinquin en raison des origines nordistes de la famille, observe, fasciné, désireux de vouloir participer : « Au départ il a dû prendre cela pour un jeu. Mais il a vite compris que c’était risqué » estime Marc Pinte.

« Il comprenait tout »

« Chez les Pinte, il était impossible de dormir la nuit, du fait des mouvements perpétuels de gens, un parachutiste anglais caché dans le grenier, des allers et venues incessantes, des réunions régulières. L’enfant a été naturellement impliqué dans des missions à hauteur de son âge et de ses capacités.   Il a surpris énormément de gens par son étonnante mémoire. Il portait des messages aux chefs de maquis en les cachant sous sa chemise, glanait des renseignements quand il partait à l’école, s’amusait avec une lampe électrique à faire du morse. C’était un garçon malin, intelligent à qui tout le monde faisait confiance, il comprenait tout du premier coup. Naturellement, il passait inaperçu, personne ne faisait attention à un gosse ».

Un malheureux accident

L’événement tragique intervient le 19 août 1944, lorsque des parachutages sont organisés de nuit. A cet instant les résistants sont nombreux à être armés, et Marcel a, comme toujours, suivi sa famille. Malheureusement, un tir de Sten (pistolet mitrailleur réputé sensible), se déclenche accidentellement. Le valeureux Quinquin s’écroule, touché de plusieurs balles.

Le 21 août, quelques heures avant la Libération de Limoges, l’émotion est immense, « il est enterré avec les honneurs en présence de nombreux bataillons. Le cercueil est recouvert d’un drapeau tricolore ». Début septembre, des aviateurs anglais effectuent un dernier parachutage d’armes en utilisant des toiles noires, en hommage à Marcel. 

Eugène Pinte est mort en 1951, à 49 ans, enterré au côté de son fils au cimetière d’Aixe. 

Antonin SAMSON

PIERRE SIMONET, UNE VIE, par Clémence DETHOOR, rédactrice du journal MMV Infos

IL EST NÉ AU VIETNAM, A VÉCU EN FRANCE, A COMBATTU EN ITALIE, EN AFRIQUE ET AU MOYEN-ORIENT. RÉSISTANT DE LA PREMIÈRE HEURE, PIERRE SIMONET NOUS A QUITTÉS CE JEUDI 5 NOVEMBRE 2020.

Soldat des terres et de l’air, il était l’un des trois derniers survivants des compagnons de la Libération. Il n’est qu’adolescent lors qu’il rejoint le Général De Gaulle en juin 1940. Né au plus loin de la métropole française, il en a été un des plus fervents défenseurs. Atterré par la déclaration du Maréchal Pétain le 17juin, il décide de partir pour Londres ; il vient à peine de terminer le lycée et entrait en classe préparatoire de Mathématiques spéciales. Les échecs se multiplient, Bordeaux pour Londres, Tarbes pour l’Espagne, Bayonne pour l’Angleterre… Mais jamais il n’abandonne et son succès se matérialise à Saint-Jean de Luz. Valise en main, sa persévérance au cœur, il atteint Liverpool à bord du Baron Kinnaird à la fin juin 1940. C’est au 1er juillet qu’il rejoint les Forces Françaises Libres.

A défaut d’entrer dans l’aviation – il n’a alors pas le brevet de pilote – il est affecté dans l’Artillerie FFL, alors en cours de création. Sa première mission le 29 août1940, appelée « Menace », consiste à atteindre l’Afrique occidentale française afin de rallier le gouverneur général Boisson à De Gaulle. Malheureusement, les forces Vichystes mettent à mal la FFL et De Gaulle, réticent à l’idée d’un massacre entre Français, renonce à son projet. Simonet et son unité stationnent au Cameroun jusqu’en janvier 1941, et en juin et juillet de la même année, il participe à la campagne de Syrie où il agit en tant que transmetteur et observateur. Il démontre une fois de plus son courage lors de la campagne de Lybie de janvier à juin 1942 : le 16 mars, alors que leurs positions sont durement attaquées et que le capitaine de l’opération a ordre de partir, Simonet ne quitte son poste qu’au dernier moment et, ralenti par ses cinq kilos de matériel et sous une pluie de tirs de mitrailleuses, parvient à récupérer son véhicule chargé de munitions et à rentrer au camp. Le combat de Bir-Hakeim deux mois plus tard lui apporte deux citations et celle d’El Alamein, la victoire éclatante des Alliés. Il n’a alors que 21 ans. De la terre, il s’envole au sein du peloton d’observation aérienne du 1erRA. Son volontariat constant, son abnégation et sa volonté, lui permettront de comptabiliser 137missions et 250 heures de vol. Il fait partie de la campagne d’Italie, voit de ses yeux et participe à la libération de Rome, puis débarque en Provence avant de remonter le sol de sa patrie jusqu’en Alsace. Après cinq autres citations pour ses faits d’armes durant les campagnes de France et d’Italie, il est déclaré compagnon de la Libération le 27décembre 1945. Après la guerre, il est administrateur de la France d’Outre-Mer puis il entre dans la fonction publique en 1958 où il accomplit, au nom de l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation, une mission dans le bassin du Mékong.

L’ONU l’envoie ensuite en Iran entant que conseiller en statistiques économiques et il achève sa carrière au sein de l’Organisation de Coopération et de Développement économique (OCDE) puis au Fonds Monétaire International (FMI). Lors des commémorations de l’appel du 18 juin, en 2020, le premier Ministre britannique Boris Johnson nomme Pierre Simonet ainsi que les trois autres derniers compagnons de la Libération (aujourd’hui deux),membres honoraires de l’ordre de l’Empire britannique.

Clémence DETHOOR

Pour plus d’informations:

– Disparition du compagnon de la Libération, Ordre de la Libération.

– Décès de Pierre Simonet, Elysée.

– Décès de Monsieur Pierre Simonet, Compagnon de la Libération, Ministère des Armées.

– Témoignage de Pierre Simonet, un des derniers compagnons de la Libération : « Je me suis révolté immédiatement », Public Sénat.

– L’opération « Menace », Fondation de la France Libre.

N°1 – 01 NOVEMBRE 2020 MMV Infos

La première

Chers lecteurs, chères lectrices,

Voici la première parution du journal del’association nationale Mémoires du Mont Valérien : le MMV Infos

Nos rédacteurs bénévoles œuvrent pour faire perdurer la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, aucun soldat français mort au front, aucun résistant ni aucun héros de guerre ne sera oublié. A travers ce journal, vous retrouverez les actions de l’association, mais aussi des articles sur les grands résistants, les monuments d’Histoire et bien d’autres. Bonne lecture !

Journées européennes du patrimoine, 19 et 20 septembre 2020 :

Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon. p.5

Son auteur, Antonin Samson. p.7

Focus sur…

La Grande Débâcle, ou la déconstruction d’un mythe. p.8

Son auteure, Clémence Dethoor. p.12

Klaus Barbie, ou le boucher de Lyon. p.13

Son auteure, Calypso Chosson. p.20

Portrait de Résistance :

Lucie et Raymond Aubrac. p.21

Son auteur, Antonin Samson. p.7

Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon. p.5

L’EFFORT DES RÉSISTANTS ET LA SOUFFRANCE DES DÉPORTÉS, UN PATRIMOINE NATIONAL.

Exalter la Résistance lyonnaise, et rappeler les nombreux disparus de la Seconde  Guerre  mondiale,  tels  sont  les  rôles  du  centre  d’Histoire  de  la Résistance et de la Déportation de Lyon. En 1992 ce musée, inauguré le 8 mai 1967, change de locaux et est symboliquement aménagé dans le bâtiment qui servait de siège à la Gestapo entre les printemps 1943 et 1944, dirigée par le célèbre lieutenant Klaus Barbie. Véritable lieu de mémoire immersif à travers un parcours volontairement oppressant et scandé de reconstitutions visuelles et auditives, le parcours inclut une trentaine de témoignages textuels ou audiovisuels d’anciens résistants et déportés lyonnais.

De grands écriteaux apportent diverses informations                                   contextuelles (approvisionnement alimentaire, sabotages, etc.), ainsi que les évolutions géographiques du conflit, afin d’éclairer au maximum le visiteur sur la vie durant ce conflit achevé il y a 75 ans.

Bien que la cité lyonnaise, capitale de la résistance, soit mise à  l’honneur  au  sein  de  ce  centre d’Histoire,   notamment   à   travers ses figures de proue que sont Jean Moulin ou encore le couple Aubrac, des martyrs et héros de la France entière sont évoqués (Juifs, Tziganes, etc.)

Le  Centre  d’Histoire  de  la  Déportation  et  de  la  Résistance  de  Lyon  se mobilise au quotidien afin de fournir aux visiteurs un lieu ancré dans l’histoire, tout en métamorphosant le lieu fréquemment via la mise en place d’expositions  temporaires  (Projection  des  extraits  du  procès  Klaus  Barbie, Une étrange défaite Mai-Juin 1940…). Avis à tout amateur, acteur, de la Seconde Guerre mondiale, cette structure risque de vous plaire !

Antonin Samson

Informations liées au site historique :

Accès : 14 Avenue Berthelot, 69007, Lyon (Rhône, France)

Contact : O4.72.73.99.00

Horaires : 10h-18h du Mercredi au Dimanche.

Tarifs : Plein 8€, Réduit 6€, entrée gratuite pour les – de 18 ans, personnes handicapées et leur accompagnateur, bénéficiaires des minimas sociaux et personnes non imposables (sur présentation d’un justificatif).

L’auteur, Antonin Samson

Passionné  de la France, de sa culture et de son histoire, j’ai effectué  après mon  bac,  une  Licence  d’histoire  à  l’Université  d’Angers  (49)  avant  de  me tourner naturellement vers le Master Relations Internationales de l’université Jean  Moulin  Lyon  III  (69).  Amoureux  de  découverte  j’ai  eu  la  chance  de pouvoir visiter divers pays (Canada par deux fois, Etats-Unis, Italie, Irlande…),   et   espère   donc   réitérer   l’expérience   notamment   durant   mon master au sein de la spécialisation « Francophonie et Culture ». A travers cette formation, résolument pluridisciplinaire et tournée vers le monde, j’espère   appréhender   les   capacités   nécessaires   afin   de   pouvoir   défendre fièrement les valeurs de notre nation au sein des Instituts français ou Alliances   françaises   à   l’étranger,   dans   le   but   de   développer   la   culture française et son histoire au sein d’autres pays du monde. Pour le moment je me consacre au sein de l’association nationale «  Mémoires du Mont Valérien », en tant que rédacteur du nouveau journal, afin de faire perdurer la mémoire de nos ainés et de nos héros qui ont œuvré vaillamment pour défendre nos couleurs durant la Seconde Guerre Mondiale. Du haut de mes 20 ans, j’estime  nécessaire  de  ne  jamais  oublier  les  sacrifices  réalisés  par  grand- nombre  de  nos  ancêtres.   De  ce  fait,  j’exprime  un  grand  respect  pour  tous qu’ils soient acteurs ou spectateurs de ce conflit majeur de notre histoire.

LA GRANDE DEBACLE, OU DECONSTRUCTION D’UN MYTHE

Du 23 septembre 2020 au 23 mars 2021, le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon organise une exposition sur la défaite de 1940, ou l’étrange défaite, ayant eu lieu quatre-vingts ans plus tôt.

Longtemps perçue comme inévitable, la défaite française est vue comme une humiliation nationale, le résultat du soldat français débraillé et indiscipliné opposé à la rigueur allemande. Les nombreuses œuvres littéraires et cinématographiques popularisent ce cliché, notamment la trilogie Mais où est donc passée la septième compagnie ? de Robert Lamoureux, et qui, de manière comique, représente la débâcle française au travers de trois soldats, pures représentations dudit stéréotype.

Dans  un  souci  de  rétablissement  de  la  vérité,  ou  du  moins,  d’un  devoir  de nuancement, l’exposition raconte le déroulement de cette étrange défaite aux moyens de textes explicatifs, schémas, anciennes affiches de propagande ou encore    extraits    de    journaux    d’époque.    Cette   défaite   était-elle   donc inévitable  ?  En  l’occurrence  non,  et  c’est  bien  ce  que  cette  exposition  a cherché à enseigner. Elle commence par asséner un coup de massue sur cette croyance nationale : la France ne disposait pas de l’armement nécessaire, des soldats nécessaires, et en particulier face à une Wehrmacht dont la puissance n’avait  eu  de  cesse  d’être  signalée.  Cependant,  le  char  Somua  S-35, char français, était bel et bien le meilleur blindé de la guerre en 1940, malgré une faible production. Les Alliés disposaient de 3 590 000 hommes face aux 3 312 000 de l’Axe et comptaient plus de 3500 mortiers et canons de plus. Bien que  les  chiffres  soient  relativement  proches  les  uns  des  autres,  c’est  une certitude   qu’il   n’est   pas   question   de   parler   de   supériorité    numérique allemande. Cela amène donc logiquement à penser que la défaite reposait sur une problématique plus inquiétante, à savoir les erreurs de stratégie.

Après la Première Guerre mondiale, la France et son allié la Grande- Bretagne décident de parier sur une stratégie défensive, soucieux de ne pas revivre cette Grande Guerre, supposée être après tout, la « Der des Ders ». C’est ainsi qu’ils prennent partie de fermer les yeux sur une réhabilitation du service  militaire  du  Reich  en  1935  et  d’une  remilitarisation  de  la  Rhénanie un an plus tard. En outre, le pacte germano-soviétique porte un coup sur la politique étrangère. Les futurs Alliés n’ont pas réussi à spéculer sur une telle alliance  somme  toute  improbable  :  c’est  le  début  de  la  prise  à  revers  du Reich,  et  du  piège  se  refermant  sur  l’occident.  Les  états-majors  sont  menés par les grands hommes de 1918, qui misent (à raison) sur une guerre longue comme la précédente. C’est donc là qu’intervient la célèbre ligne Maginot, dont le but était de gagner du temps afin de former les soldats avant les batailles   décisives.   Cette   muraille   défensive   fait   l’objet   de   propagande, notamment dans les catalogues de Noël 1939, dans lesquels les petits garçons sont enjoints à en construire une sous forme de maquette.

La population est également appelée à acheter des bons d’armement, avec

force de «  sauvez votre fils sur le front ». Mais la propagande française n’est pas la seule à travailler. Bien malheureusement, la propagande allemande dispose  d’un  réseau  plus  développé,  plus  efficace,  et  qui  cherche  à  détruire l’alliance  franco-britannique  et  par  du  même  coup,  installer  la  méfiance parmi les soldats, en attente défensive depuis le début de la guerre. Durant l’opération  Dynamo  et  de  sauvetage  à  Dunkerque,  la  rancune  française envers les britanniques augmente suite à la priorisation des anglais face aux français : « les Anglais se battront jusqu’au dernier Français » annonce la propagande allemande à la radio.

Cette stratégie défensive entraîne la défaite humiliante de la France face à la Blitzkrieg allemande : la propagande allemande continue, insistant sur l’aspect débraillé et indiscipliné du soldat français et les soldats se retrouvent à chercher des moyens pour occuper leurs journées car pas entraînés.


Exode des français, ici vers Montauban, devenue l’une des capitales de l’Exode. Le nombre d’habitants est passé de 29 000 à 45 000 en l’espace du seul mois de juin 1940.

Le pessimisme de la France s’installe  peu  à  peu,  et  trouve son    apogée    avec    l’Exode, entraînant 8 à 10 millions de personnes sur les routes, fuyant la guerre et ses ravages. Le gouvernement en exil suit sa population, augmentant ainsi les craintes et détresses. Les attaques rapides et violentes du Reich prennent de court la France, le roi Léopold de Belgique se rend le 28 mai 1940 ouvrant ainsi la route vers Dunkerque. Quelques dernières divisions tentent tant bien que mal de continuer le combat. Mais l’unité  Alliée est déjà affaiblie, l’unité nationale se fracture entre ceux qui se rendent et ceux qui refusent la reddition… Il apparaît    très    rapidement    qu’une    victoire    n’est    possible    que    dans    la coopération et l’union.


«   L’homme qui pleure », issu des images filmées par Marcel de Renzis. La photo, devenue symbole de la douleur française, représente le désespoir d’un homme face au défilé des régiments français dissous, quittant Marseille pour Alger.

La défaite était-elle donc inévitable ?  Difficile de refaire l’Histoire.  Ce qui est certain, c’est qu’il est important de nuancer : la Grande Débâcle est due à de multiples facteurs qui ajoutés, ont  mené   à  juin  1940. L’aveuglement général sur la puissance émergente du Reich, la propagande française ne faisant pas le poids face à celle allemande, la Guerre éclair prenant la France de court, la confiance franco-britannique  s’étiolant  au  fil  des  mois…   La raison  n’en  n’est  pas  une,  elle  repose  sur  plusieurs  éléments  stratégiques, moraux, et psychologiques qui, additionnés, ont signé les prémices des heures sombres de la France.

Clémence DETHOOR

L’auteure, Clémence Dethoor

Toulousaine anciennement étudiante de licence     d’anglais     et     d’histoire, je     suis actuellement en master Relations Internationales à l’université Lyon III. Je suis passionnée   d’histoire, mais   particulièrement par l’étude de la Seconde Guerre mondiale, expliquant mon intérêt évident envers l’association « Mémoires du Mont Valérien ». Très curieuse, j’ai toujours eu envie de partir découvrir l’étranger pour mes études.  C’est ce que j’ai pu faire en 2018 pour un ERASMUS de 10 mois en Irlande.  Cela a confirmé ma passion pour l’international, mais m’a également permis de comprendre que j’étais très attachée à mes racines françaises, ce qui m’a amenée à choisir le parcours Francophonie et Relations Internationales pour ma deuxième année en master. Il m’a été naturel de me diriger vers le pôle rédaction de l’association, car mon amour pour la lecture depuis plus de dix ans désormais m’a indéniablement conduite à l’écriture de plusieurs histoires, qui est devenu un de mes passe-temps favoris. Outre l’aspect rédactionnel, c’est le côté recherches qui m’a attirée. En effet, en tant que passionnée de généalogie, j’ai pu mener tout un travail de différentes enquêtes sur ma famille. Le fait que mon arrière-grand-père ait combattu durant les deux guerres mondiales mais qu’il ait également été résistant, m’a fait prendre conscience combien nombres de personnes comme lui ont été malheureusement oubliées des mémoires. C’est ici l’une de mes motivations principales, de pouvoir mettre en lumière les oubliés de l’Histoire afin que chacun prenne conscience de la multitude d’acteurs qui ont joué un rôle essentiel durant cette période historique

KLAUS BARBIE OU LE « BOUCHER DE LYON » ?

Nikolaus Barbie, plus connu sous le nom de Klaus Barbie, est né le 25 octobre 1913 à Bad Godesberg en Allemagne.  C’est après avoir obtenu son Abitur (équivalent du  baccalauréat  français)  en  1933  qu’il adhère aux Hitlerjugend ou Jeunesses hitlériennes. Ce n’est que deux ans plus  tard,  en  1935,  qu’il intègre la Schutzstaffel que l’on désigne aujourd’hui plus communément par le sigle SS. Il s’agit d’une « organisation paramilitaire et policière nazie fondée en 1925 pour assurer la protection personnelle d’Adolf Hitler ».

Il suivra de nombreuses formations au cours de sa carrière militaire, ce qui luipermettra de gravir les échelons avec une vitesse surprenante et une détermination inébranlable. Il sera ainsi promu SS-Unterstrumführer (sous- lieutenant SS) le 20 avril 1940 à l’âge de 27 ans.

Dans le cadre de ces fonctions militaires, Klaus Barbie va être amené à voyager dans différents pays ravagés par la guerre. Dans un premier temps, il sera envoyé aux Pays-Bas après l’invasion du pays par l’armée allemande en 1940. D’abord à la Haye puis à Amsterdam, son rôle consistait à poursuivre et rafler les  juifs,  les  francs-maçons  ainsi  que  les  émigrés  allemands.  Il  sera  d’ailleurs félicité     de    son    engagement    énergétique    dans    l’assaut    du    ghetto    juif d’Amsterdam   ainsi   que   de   son   commandement   de   nombreux   pelotons d’exécutions. Pour cela, il sera décoré de la Croix de fer de seconde classe le 20 avril 1941. Il aurait par la suite été envoyé en Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) de l’été 1941 au printemps 1942 pour participer à la lutte contre les partisans. Enfin, il aurait atterri en France grâce à ses bonnes notes et sa connaissance de la langue française.

De Gex à Lyon en passant par Dijon, ses missions sont diverses et variées : enlèvement, surveillance ou encore détection de réseaux clandestins. C’est en février 1943 que Klaus Barbie devient le chef de la Gestapo de la région lyonnaise.

Questce que la Gestapo ?  Quel rôle a-t-elle joué pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Le terme « Gestapo » est un acronyme pour Geheime Staatspolizei qui signifie littéralement « Police secrète d’Etat ».

Elle a été créée le 26 avril 1933 en Prusse par Hermann Göring, considéré comme le chef suprême de l’aviation et de l’économie de guerre. Occupé  par ses postes tant politiques que militaires, Göring cèdera progressivement la responsabilité de la Gestapo à Heinrich Himmler entre 1934 et 1936. A sa création, le pouvoir de la Gestapo était limité territorialement aux frontières de   la   Prusse.   Himmler   l’étendit   ensuite   à   l’ensemble   du   Reich   et   des territoires    occupés    par    celui-ci, dont    la    France.    L’objectif    de    cette organisation était de lutter contre tous les adversaires du régime nazi. Elle joua ainsi un rôle déterminant dans l’extermination des Juifs d’Europe et dans la répression de la Résistance française.

Pourquoi Klaus Barbie est-il appelé le « boucher de Lyon » ? Quel rôle a- t-il joué dans l’asservissement de la Résistance lyonnaise ?

Quand Klaus Barbie devient le chef de la Gestapo lyonnaise en 1943, Lyon est alors le point névralgique du mouvement de Résistance française. Grâce à son poste au sein du Sicherheitsdienst, le réseau de renseignement du Reich, il sera formé comme interrogateur dès son entrée dans la SS.

Ainsi, ses actions horrifiantes et inhumaines envers les Juifs mais également envers la Résistance lui vaudront le surnom de « boucher de Lyon ». Et pour cause, « on estime que Klaus Barbie fût responsable de l’exécution ou du meurtre de plus de 4 000 individus, et de la déportation de 7 500 Juifs, dont la plupart périrent à Auschwitz ».

Parmi ses nombreuses victimes, on retient notamment Jean Moulin, chef du Conseil National de la Résistance. Il a été arrêté par Klaus Barbie le 21 juin 1943 puis a été torturé à l’Hôtel Terminus, quartier général de la Gestapo à Lyon. On  dit encore  aujourd’hui  qu’il  n’a  jamais  donné  aucun  renseignement  aux Allemands.   C’est   pendant   son   transfert   dans   une   prison   allemande   qu’il succomba à ses blessures le 8 juillet 1943.

On attribue également à Klaus Barbie la rafle des enfants   juifs   d’Izieu (Ain), alors âgés de 4 à 17 ans, le 6 avril 1944. Il s’agissait officiellement d’une « colonie » hébergeant des « réfugiés » dans une ferme appartenant à Sabine et Miron Zlatin. Ce jour-là, 44 enfants et 7 éducateurs furent capturés : ils connaitront tous un sort tragique.

En effet, Miron Zlatin et deux des adolescents les plus âgés furent fusillés à Tallin, en Estonie, tandis que les enfants furent déportés à Auschwitz où ils furent gazés presque immédiatement.

Quel fût le sort de Klaus Barbie une fois la guerre finie ?

Klaus Barbie réussit à fuir Lyon, et la France de manière générale, environ un mois avant la libération de la ville par l’armée américaine. Dès 1945, le gouvernement français portera plainte contre lui en s’appuyant sur le motif de crime de guerre. Pendant ce temps-là, il conspirait sous un faux nom avec un groupe composé de Nazis pour la formation d’un nouveau gouvernement en Allemagne. Il réussit néanmoins à s’en sortir indemne en devenant un informateur pour les Etats-Unis entre 1947 et 1951. Son rôle est alors de fournir des renseignements relatifs aux communistes, aussi bien français que soviétiques. Lorsque la France   l’apprendra   en   1948, le gouvernement adressera immédiatement une demande d’extradition à l’intention de Klaus Barbie, laquelle sera refusée par les américains.

Ce refus américain s’expliquerait aujourd’hui   par trois raisons : premièrement, l’aide   de   Klaus   Barbie   était précieuse en période de Guerre froide compte tenu de son ancien réseau. Deuxièmement, la France était dans une optique de vengeance et non de justice. Troisièmement, la France aurait été, à cette époque, gangrenée par le communisme.

Sentant le vent tourner, Klaus Barbie fuit en Amérique du Sud en mars 1951. Il y restera jusqu’en 1983 (Pérou puis Bolivie). C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il sera jugé par contumace par le Tribunal permanent des forces armées de Lyon, entre 1952 et 1954. Il sera alors condamné à la peine de mort.

La véritable identité de Klaus Barbie ne sera découverte que dans les années 1970 grâce à Serge et Beate Klarsfeld, deux « chasseurs de Nazis», qui identifient Klaus Altmann comme étant Barbie. Pourtant, ce dernier continuera d’être protégé par la Bolivie et, plus officieusement, par les Etats-Unis. Et pour cause, ce dernier aurait été et serait utile aux deux gouvernements du fait de son partage de compétences et de savoirs en matière de traque, de torture mais aussi de renseignements.

Klaus Barbie sera finalement envoyé en France le 5 février 1983. Cependant,  son  procès  ne  débutera  qu’en  mai  1987,  dans  la  douleur  des familles de victimes mais aussi des victimes elles-mêmes qui apporteront leurs témoignages cinglants sur les atrocités que le boucher de Lyon a pu commettre.

En 1983, les crimes de guerre pour lesquels Klaus Barbie avait été condamné par contumace sont prescrits. Il a donc été jugé pour crimes contre l’humanité.

crimes contre l’humanité

L’incrimination de « crime contre l’Humanité » a été créée par le Tribunal de Nuremberg en   1945.   Il a été ensuite rendue imprescriptible en 1965.

Quatre faits sont retenus par l’instruction :

1) la rafle de l’Union Générale des Israélites de France le 9 février 1943 ; 2) la rafle des enfants d’Izieu le 6 avril 1944 ; 3) le dernier convoi quittant Lyon pour Auschwitz le 11 août 1944  et  4)  les  actes  d’arrestation,  torture  et  déportation  de  Juifs  ou  de résistants pris isolément.

Jacques Vergès, l’avocat   de   la   défense, sait   que   ce   procès   est   perdu d’avance.  Nikolaus Barbie n’aura d’autres arguments que : «   c’était la guerre, et la guerre, c’est fini »

En réalité, « le but de ce procès était davantage de donner une occasion réelle aux victimes et à leurs proches de prendre la parole et de témoigner ». C’est le 4 juillet 1987, au terme de 9 semaines de procès, que Nikolaus Barbie sera condamné à la réclusion à perpétuité pour avoir commis 17 crimes contre l’humanité.  Il décèdera en détention  le  25  septembre  1991  des  suites  d’un cancer du sang et de la prostate à l’âge de 77 ans.

Calypso CHOSSON

L’auteure, Calypso CHOSSON

Je suis actuellement étudiante en M1 Relations internationales à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Je suis issue de la licence droit – science politique de cette même Université.

Membre de l’Association Mémoires du Mont Valérien depuis septembre 2020, je considère que le devoir de mémoire est fondamental et doit être perpétré auprès des jeunes générations.  J’ai la chance d’avoir connu tous mes arrière- grands-parents. Aujourd’hui, seule mon arrière-grand-mère paternelle est encore en vie. Depuis toute petite, elle me raconte des histoires sur sa vie, ses aventures et bien sûr, son expérience de la Seconde Guerre mondiale.  Elle n’a pas fait partie de la Résistance à proprement parler mais chaque jour était une bataille de la vie contre la mort. Ce goût pour l’histoire a été renforcée par ma grand-mère maternelle qui, depuis de nombreuses années, est bénévole dans l’association Amis du vieux Saint-Etienne. Cette association joue un rôle important lors des journées du patrimoine et édite une revue trimestrielle qui regorge d’anecdotes historiques. Néanmoins, le déclic s’est produit durant l’été 2020 pendant lequel j’ai eu l’occasion de travailler dans l’aide et l’assistance à domicile auprès de personnes âgées. Ainsi, j’ai pu rencontrer beaucoup de personnes ayant des histoires à raconter sur la Seconde Guerre mondiale : certains étaient résistants, d’autres étaient soldats ou encore famille de résistants et/ou de soldats. Tout cela me   fascinait.   C’est   donc   tout   naturellement   que   j’ai   voulu   faire   partie   de l’association Mémoires du Mont Valérien.  La Résistance fait partie de  notre histoire et ne doit pas être oubliée, en particulier par les jeunes générations qui ont tendance à oublier par où la France est passée pour en arriver là où elle en est aujourd’hui.

PORTRAIT DE RESISTANCE : LUCIE ET RAYMOND AUBRAC

Le 27 mars 2000 à Paris, Lucie et Raymond Aubrac, « hautes figures de la Résistance », posant dans les salons de l’Elysée à l’issue d’une cérémonie de décorations

UN COUPLE UNI FACE A L’ENNEMI

La Résistance a compté en son sein de fortes personnalités. Lucie et Raymond Aubrac étaient incontestablement de ceux-là. Mais ils avaient la particularité de former un couple ! Il est notoire, en effet, que beaucoup de réseaux demandaient instamment aux Résistants de laisser les conjoints dans l’ignorance de leurs activités clandestines. La question ne s’est même pas posée pour les Aubrac puisque, dès 1940, ils décidaient ensemble de lutter contre les nazis.

« C’EST UN COUPLE MYTHIQUE, C’EST MEME UN COUPLE DE LEGENDE ».

JEAN-PIERRE BERTRAND

DEUX AMES SŒURS AVEC LES MEMES CONVICTIONS

Née le 29 juin 1912, Lucie Bernard a 17 ans lorsqu’elle réussit le concours d’entrée à l’École normale d’institutrices du boulevard des Batignolles à Paris. Très vite elle prend conscience de la montée du fascisme en Europe, notamment lorsqu’elle se rend à Berlin en 1936 à l’occasion des Jeux olympiques et découvre la réalité du nazisme.

Tout en militant activement, elle entreprend des études d’histoire et, en 1938, elle est reçue à l’agrégation d’histoire géographie. Lorsque la guerre éclate, elle est en poste à Strasbourg où elle fait la rencontre de Raymond, ingénieur des Ponts et Chaussées, mobilisé comme officier du génie. Les deux âmes sœurs se marient le 14 décembre 1939 à Dijon. Malheureusement leur idylle est vite perturbée par l’apparition de la guerre.

UN ENGAGEMENT PRECOCE DANS LA  RESISTANCE

Fin juin 1940, Raymond est fait prisonnier par l’armée allemande. Alors qu’il est détenu à Sarrebourg, Lucie parvient à le faire évader. À l’automne 1940, l’université de Strasbourg est repliée à Clermont-Ferrand où Lucie doit se présenter pour avoir une affectation.

Dans cette ville, elle forme avec Jean Cavaillès, Emmanuel d’Astier de la Vigerie et Georges Zérapha un premier noyau de Résistance, la « dernière colonne » préfiguration du mouvement Libération-Sud. Militante et membre du cercle des dirigeants de Libération-sud, elle s’adonne alors, entre ses cours, à de multiples activités clandestines : en juillet 1941, elle contribue à la parution du premier numéro du journal Libération, elle fabrique des faux papiers et aide des résistants à franchir la ligne de démarcation. En mai de la même année, elle donne naissance à son premier enfant Jean-Pierre.

Le couple se trouve à Lyon depuis 1941, et le 15 mars 1943, Raymond, adjoint au général Delestraint, chef de l’Armée secrète est arrêté par la police de Vichy et incarcéré. Avec un aplomb incroyable, Lucie Aubrac fait pression sur le procureur de la République et parvient à le faire libérer. Étant devenue une spécialiste des évasions, elle organise peu de temps après l’enlèvement par des faux Gestapistes, de trois résistants détenus à l’Hôpital de l’Antiquaille (dont Serge Ravanel) puis de quatre détenus à l’hôpital de Saint-Étienne.

« C’EST LA PREMIERE DIGNITE DE L’HOMME QUE DE SAVOIR RESISTER ».

LUCIE AUBRAC

1943 : L’EPISODE DE CALUIRE

Le 21 juin 1943, c’est l’arrestation à Caluire de Jean Moulin et de plusieurs responsables de la Résistance, dont Raymond Aubrac. Incarcérés au fort Montluc, ils sont interrogés sous la torture par Klaus Barbie. Lucie, enceinte, monte un coup de main audacieux. Le 21 octobre 1943, en plein jour, les armes à la main, à la tête d’un groupe franc des MUR pour qui elle est « Catherine », elle mène l’attaque de la camionnette de la Gestapo dans laquelle sont transférés Raymond Aubrac et une dizaine d’autres résistants. Désormais identifié et recherché par toutes les polices allemandes et vichystes, le couple n’a d’autre choix que de partir à Londres avec leur petit garçon le 8 février 1944. Quatre jours plus tard, elle accouche d’une fille qu’elle prénomme Catherine.

L’APRES-GUERRE : NE JAMAIS OUBLIER


Le couple Aubrac à la sortie de la guerre en 1945

A la libération, en octobre 1945, Lucie Aubrac publie son livre nommé « La résistance (naissance et organisation) », au sein duquel elle minimise ses responsabilités dans Libération-Sud.

Vice-présidente d’honneur de la Fondation de la Résistance, Lucie Aubrac s’éteint le mercredi 14 mars 2007.

Cérémonie officielle en hommage à Raymond AUBRAC

Durant   la   cérémonie   d’hommage, Jacques Chirac   estime   qu’il   est nécessaire de « Garder vivante dans nos cœurs la flamme des luttes de la République pour la Liberté ».  En 2010, Raymond Aubrac s’exprime au sujet de sa femme disparue : « Nous avons eu une belle vie, et surtout une grande chance, celle de nous être rencontrés. » Et lorsqu’on lui demande qui l’a le plus impressionné, lui qui a connu De Gaulle ou Jean Moulin répond sans hésiter. En un mot : « Lucie ». Le 10 avril 2012, c’est au tour de Raymond de s’éteindre.   Les deux amoureux passionnés laisseront derrière eux un grand souvenir, celui de la Résistance.

« LE VERBE RESISTER SE CONJUGUE AU PRESENT ».

RAYMOND AUBRAC

Antonin SAMSON